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Jour après jour, il attendait que la mort vienne mais elle ne venait pas. Pourtant, il lespérait, il la réclamait mais elle était sourde à tous ses appels. Avec lui, elle se montrait étrangement rebelle, elle le narguait, le laissant dans cette souffrance qui le tiraillait à chaque instant.
Il ne réclamait que la liberté et on le forçait à rester prisonnier de cette vie-là !
Lui, cétait le patient de la chambre 3. On le désignait sous ce nom à lhôpital, ce lieu qui, pour lui était devenu le Monde tout entier. Il y avait bien longtemps quon ne lavait pas appelé par son prénom, tellement longtemps quil ne sen souvenait plus. Et à quoi bon, dailleurs ?! Comme disait le personnage dun vieux western, les noms cest fait pour les pierres tombales
Régulièrement, le patient de la chambre 3 se retrouvait à errer au milieu dun désert de sable blanc. Ce nétait pas un rêve, il le savait, mais ce nétait pas non plus la réalité. Dans cet univers parallèle, entre le songe et le cauchemar, il pouvait marcher à nouveau. Là-bas, le sable était lumineux et le ciel dun bleu sombre mais sans nuage. Lair semblait figé et quelque chose dans ce tableau rendait toute la scène surnaturelle. Un étrange crépuscule séternisait alors que les derniers rayons de soleil avaient disparut. Dans un silence profond, lhomme déambulait, le sourire aux lèvres alors quil ignorait la direction à prendre. Et puis, dans cette vision récurrente, une forme noire faisait toujours la même apparition. Cétait la Mort, dans son accoutrement traditionnel. Le visage perdu dans sa capuche noire et la faux à la main, elle lattendait, lui. Et, cétait toujours à ce moment précis quil se réveillait
Et le malade replongeait dans lhorrible réalité, aride en espoir.
Parfois une infirmière venait briser sa solitude quotidienne, avec au fond des yeux, cet éclat de pitié quil haïssait tellement.
A lextérieur, les saisons défilaient tandis que le temps séternisait à lintérieur de la chambre 3.
Alors que lhiver régnait durement, loccupant de la chambre 3 pris un jour conscience que la période de Noël approchait à grand pas. Aussitôt, une angoisse le submergea. Allait-il falloir à nouveau supporter cette période de joie et dinsouciance ?! Le reste du monde, aveuglé par le faste, pouvait bien sen réjouir mais lui, quel bien pouvait-il en retirer ?
Et puis, une idée folle germa dans son esprit fatigué. Elle lui vint au moment où son regard se posa sur un encart publicitaire qui annonçait un concours de lettres au Père Noël. Le concours, divisé par catégorie dages, était ouvert à tous. Le but imposait de rédiger la lettre le plus originale. Alors, il prit la décision décrire et denvoyer sa lettre. Un courrier qui allait relater son état et sa demande folle : quon vienne le soulager définitivement de cette misérable vie !
Il confia toutes ses idées au papier et fit envoyer le pli par une infirmière en espérant de toutes ses forces que son message de désespoir serait entendu
Les jours sécoulèrent dans la monotonie la plus profonde. Les espoirs quil avait placé dans la fameuse lettre seffacèrent peu à peu. Et puis, le mois de décembre sannonça. Très vite, la veille de Noël sonna son heure.
Le soir de ce jour de fête, lhabitant de la chambre 3 se lamentait dans son lit, seul, comme à lhabitude. Il avait surpris les sourires stupides sur les visages des infirmières et discerné les rires enfantins qui avaient filtré au travers de la fenêtre. Autant de signes ostentatoires de joie qui lavait exaspéré !
Alors que la nuit était déjà bien avancée et quil sassoupissait, un individu fit irruption dans la chambre. Le sang du malade ne fit quun tour. Sil avait pu tenir sur ses jambes, il aurait bondit tant la visite dun étranger était inhabituelle, surtout à cette période !
Devant lui, le visiteur se tenait droit comme un I, un sourire angélique aux lèvres. Impeccablement emballé dans un costume noir, il tenait à la main un petit attaché-case. On aurait dit un homme daffaire ou bien alors un inspecteur des impôts
Bonsoir, dit celui-ci. Je suis Monsieur Lifend. Vous mavez réclamé, si je ne me trompe
Réclamé ?
Tout a fait. Il posa sa mallette sur la petite table devant lui. Votre lettre, vous souvenez-vous ?
Ma lettre
Le malade avait du mal à saisir le lien entre son courrier et la présence de cet inconnu
Ecoutez, fit lautre, un peu énervé, tout en consultant sa montre. Je nai que très peu de temps à vous consacrer.
Sur ces mots, lénigmatique Monsieur Lifend sortit de la poche intérieure de son veston un petit agenda noir. Il se mit à en tourner les pages avec frénésie.
Voyons, voyons
Ah ! Vous voilà
(Il parut un peu surpris) Mais, vous êtes un peu en avance ! Enfin bon. Si vous voulez mourir, ce nest pas moi qui vais vous retenir
Là, il ouvrit son attaché-case. Il continua :
-Dans dautres circonstances, jaurai pu vous demander votre préférence, mais je suis très pressé. Jai rendez-vous avec les passagers dun avion
Alors, hâtez-vous de faire vos dernières prières...
Monsieur Lifend brandit soudain une longue seringue. Et le patient de la chambre 3 le laissa sapprocher de lui, sans mot dire.
Et, alors que le mourrant sentit laiguille senfoncer dans son bras, Monsieur Lifend se mis à fredonner quelques paroles : Tôt ou tard sen aller, par les ruisseaux devant nous
Lautre ferma les yeux. De nouveau, il visionna le même paysage désertique mais, cette fois-ci, la nuit sétait enfin abattue sur ce paysage irréel. Cétait une nuit magnifique, parsemée détoiles scintillantes, une authentique invitation au repos éternel.
Tôt ou tard sen aller
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