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Aussi loin que pouvait remonter la mémoire des villageois, le vieux chêne sétait toujours trouvé là. Sans doute plusieurs fois centenaire tant son tronc paraissait épais, ce géant de bois avait traversé avaries et décennies sans jamais vaciller.
Durant toute son enfance, Etienne venait, le soir après lécole, se réfugier à lombre prodigieuse du vieil arbre. A labri du reste du monde, cet enfant solitaire avait limpression dêtre enfin libre de tous les regards. Là, il préparait ses devoirs pour le lendemain, il jouait sur les branches les plus basses ou bien encore imaginait toutes sortes daventures mystérieuses dans de lointaines contrées.
Le petit garçon sétait toujours sentit en sécurité au pied de ce colosse de bois alors que beaucoup dhabitants du village voisin, pour dobscures raisons, nosaient pas sen approcher
Jamais Etienne ne sétait sentit seul, parce que son ami bienveillant, à la peau faite décorce, se trouvait près de lui. La seule chose quil regrettait parfois fut que le géant inanimé ne puisse pas lui parler. Ah ! Quelles histoires merveilleuses il aurait sans doute raconté
Depuis cette époque insouciante, le temps avait continué sa route interminable et Etienne était devenu un homme de la ville, plus occupé à rédiger des documents dans un bureau quà rêvasser en pleine campagne.
Un jour pourtant, les circonstances lavaient obligé à revenir sur les lieux de son enfance. La maison familiale navait presque pas changée, exception faite de la couche de poussière qui recouvrait délicatement, comme un immense voile, lintérieur de lhabitation. Exception faite aussi du silence. Ce silence qui avait vaincu les rires enfantins et les dialogues animés des parents.
Un peu bouleversé par le tableau déchiré de son passé, Etienne se souvint de son compagnon de jeunesse à la peau craquelée et aux bras multiples
Quand il arriva auprès du vieux chêne, il éprouva une grande tristesse en constatant que son silencieux ami, lui aussi, avait vieillit.
Toujours dune taille gigantesque, il avait perdu toutes ses feuilles, toute sa verdure, et il donnait limpression de sêtre littéralement desséché. A présent gris et décharné, larbre ressemblait à un immense squelette aux griffes menaçantes.
Etienne réprima un frisson lorsquil saperçu que sous linfluence dun vent naissant, les longues et tortueuses branches sabaissaient jusquà lui de manière agressive. Par prudence, il recula de quelques pas mais resta là, songeur, devant le spectacle pathétique de ce vieil ami qui, à lagonis, prenait lapparence dun monstre. Minutes après minutes, les bras squelettiques se tortillaient au gré dun vent de plus en plus insistant. Et puis, le tonnerre se mit à gronder dans un ciel noircit.
Tout à coup, des éclaires zigzaguèrent dans les ténèbres. A ce moment, Etienne émergea de ses rêveries. Un violent orage se préparait et il fallait chercher un abri certain. Il tourna le dos au vieil arbre.
Soudain, la foudre sabattit, tout proche. Un grand fracas retentit à quelques mètres de lui, suivit dun long gémissement. Et alors, Etienne cru entendre, murmuré à ses oreilles par une voix qui navait rien dhumain, un mot, un seul :
-Attention !
Sans réfléchir, il se jeta à terre sur sa droite. La seconde daprès, un choc retentit et la terre trembla.
Larbre ancestral venait de sécrouler, frappé mortellement par la foudre.
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