Métamorphose de Stéphane Prat


Les souvenirs de ma vie d’avant paraissent si lointains désormais. Le temps passe si vite, trop vite… Tant de choses ont changées.
Ma vie semblait pourtant avoir commencée de manière paisible. Mais, après tout quelle vie peut l’être véritablement ?
Un jour ou plutôt un soir, l’accident se produisit. Et, comme tous les accidents, il fut tragique et brutal. Pourtant, à la différence des autres, il demeura secret. Je rentrai chez moi, titubant, me dirigeant à la seule lumière d’un clair de lune.
Et, les journées qui devaient suivre me plongèrent dans une sorte de purgatoire sur terre. Réfugié dans l’obscurité de ma chambre, je me terrais tel un animal, prenant soin de ne pas me montrer aux autres membres de la famille, sous prétexte d’une soudaine et profonde fatigue. Le mensonge était difficile à maintenir. Mais la vérité me paraissait impossible à dévoiler… Je ressentais déjà trop ma différence, irrémédiable, inavouable… Par-dessus tout, je redoutais que l’on me vît et que l’on me jugeât en tant que monstre, moi qui était, certes, devenu différent mais qui n’en demeurai pas moins humain
Pendant ces heures, ces jours de solitude, la souffrance croissait. Et avec elle la faim, honteuse. Ma chaire, mon esprit et mon ventre réclamaient l’apaisement. Mais je luttais, de toute mes forces. Je repoussai les assauts de ma nouvelle nature. Mais on ne peut rester indéfiniment en lutte contre soi-même. Et, lorsqu’ enfin le moment vint où j’acceptai ce que j’étais devenu, je pense maintenant que cet instant là fut celui de ma véritable métamorphose.
Et l’apaisement vint. Il vint, sans prévenir. Il vint, subitement. C’était la nuit, bien sur. La porte de ma chambre s’ouvrit. Et un voile se déchira en moi. Un cri. Une vocifération retentit dans ma gorge. Les dernières barrières étaient tombées… Je m’étais jeté sur ma propre mère pour la vider de son sang jusqu’à la dernière goutte.




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